Quels critères pour bien acheter sa première voiture de collection ?

Tableau bord Matra 530
© Classic Auto Invest

Lors du premier achat d’une automobile dédiée au « plaisir », qu’elle soit de collection, de sport, de prestige, ou youngtimer, il n’est pas simple d’élaborer son cahier des charges, surtout quand la contrainte financière est forte. L’envie l’emporte souvent sur la raison, et ce n’est que quelques mois plus tard avec les premières déconvenues que l’on commence à apprendre de ses erreurs. Quelques conseils issus du retour d’expérience de ceux qui ont déjà franchi le pas et de notre expérience quotidienne de consultant automobile.


Budget d’acquisition : le seul paramètre certain.

Une fois l’envie d’un modèle bien ancrée et le ratissage des annonces commencé, il faut éviter de tomber dans le piège de l’achat « trop juste ». Pour un premier achat, l’enthousiasme conduit souvent à surestimer la qualité de l’auto tout en sous-évaluant son prix de revient réel. Qu’entendons-nous par-là ?

 

Les paramètres le plus souvent regardés vont être la cote et le prix des annonces, le prix de l’assurance, la consommation, le prix de la location d’un box etc. Ce sont finalement les paramètres sur lesquels vous ferez le moins d’erreur car ils ont un caractère plutôt certain.

Pour un achat avisé, gardez sous le pied de quoi assurer la suite !

 

Mieux vaut viser 30% en dessous de votre solvabilité réelle quant au prix d’achat après négociation, pour acquérir un produit plutôt 30% au-dessus de la moyenne. Cela évitera bien des écueils, et vous permettra par la suite d’assumer plus sereinement les coûts d’utilisation, notamment la remise à niveau et l’entretien.

 

Enfin si le modèle convoité n’entre définitivement pas dans vos critères financiers, pourquoi ne pas considérer des alternatives (voir notre article) qui pourraient s’avérer tout aussi passionnantes à utiliser ? Bien souvent le nouvel acquéreur est obnubilé par le modèle de ses rêves et ne l’a même pas essayé. Faites un essai pour valider vos convictions, et pourquoi pas aller aussi essayer d’autres autos plus abordables et peut-être tout aussi attractives pour qui les connait ?

 

Clés Jaguar XJS
© Classic Auto Invest

Frais d’entretien et de remise à niveau : attention faux-amis !

Pour celui qui envisage l’achat d’une auto plaisir, qu’il s’agisse d’un modèle de collection, d’un youngtimer ou d’une sportive d’occasion semi-récente, les questions restent les mêmes : combien va-t-elle me coûter au quotidien ?

 

Il convient de séparer clairement les coûts liés à l’entretien courant de ceux liés à la remise à niveau des composants suspects. Et à ce chapitre, toutes les autos ne sont pas logées à la même enseigne. 

L’entretien courant est assez facile à estimer en se documentant. Les magazines spécialisés vous indiqueront assez bien le coût des consommables et fluides, et l’intervalle d’entretien. Mais oubliez les notions de kilomètres car sauf exception vous ferez rarement plus de 5000 km/an. Comptez plutôt une révision tous les deux ans, afin de renouveler au moins huile et liquide de freins qui n’apprécient pas l’immobilité et les démarrages petites distances.

 

Moteur V6 4 AC Maserati  2.24v
Moteur V6 4 AC Maserati © Classic Auto Invest

 

Pour une auto issue de la grande série, quelle soit des années 60,70,80 ou 90, ces postes de dépenses sont globalement proches quand on raisonne par catégorie de véhicule. L’entretien d’un modèle 4 cylindres à carbus se fera sur une fourchette de 350 à 500 €, celui d’un 6 cylindres ou d’un V8 demandera proportionnellement plus (plus d’huile, plus de bougies, plus de refroidissement etc..). Quand vous atteignez les 1200-1500 € vous êtes déjà sur des autos à mécanique très pointues (ou alors vous payez trop cher !).

 

Attention aussi aux moteurs à distribution par courroie souple dont le changement demande en général pour être bien fait d’associer galets tendeurs et pompe à eau (on pense aux V6, V8, V12 italiens…) et qui doublent le prix de la révision, certes tous les 2 à 4 ans selon votre degré de confiance et votre intensité d’utilisation.

Sous la petite cloque de peinture...
Sous la petite cloque de peinture...
Une doublure de portière traitée à temps, acceptable.
Une doublure de portière traitée à temps, acceptable.

La vraie dimension inconnue réside plutôt dans la remise à niveau et le remplacement des pièces d’usure. Qu’entend-on par-là ?

 

Les pièces d’usures ce sont celles qui sont prévues pour durer longtemps : amortisseurs, échappement, compresseur de clim, radiateur, alternateur, démarreur… Pas toujours évident de le prévoir quand vous essayer l’auto. Faites vous une idée d’après l’historique d’entretien et le kilométrage réel. Une auto de 80 000 km réels sur laquelle rien d’autre que l’entretien courant n’a été fait est une auto qui demandera rapidement à remplacer plusieurs de ces éléments. Et à chaque fois ce sont des montants de 250 à 500 € qui partent en fumée…l’addition monte vite.  

 

Ces composants peuvent commencer à s’user passé 80 000 km pour des autos trop faiblement utilisées, alors qu’ils peuvent tenir entre 120-160 000 km pour des autos bien conduites. Chaque remplacement coûtera plus ou moins cher selon le temps de main d’œuvre qui est dicté par l’accessibilité mécanique de l’auto.

 

Sur une voiture à moteur central, vous avez intérêt à procéder en préventif et faire le maximum de travaux en une fois, car il est souvent nécessaire de démonter plusieurs organes pour atteindre celui qui vous pose problème. Sur un V12 c’est pareil, l’encombrement du compartiment moteur ne laisse pas d’autre choix qu’un fastidieux démontage pour de simples bougies ou un démarreur. Ces questions se posent moins sur les 4 et 6 cylindres en lignes courants en général bien étudiés pour la maintenance.

 

 

Essieu arrière indépendant Jaguar E
Essieu arrière indépendant Jaguar E - © DR

 

La remise à niveau aborde des éléments plus complexes. L’auto que vous essayez semble avoir une tenue de route un peu floue. Simple problème de pneumatiques ou d’amortisseurs ? géométrie des trains à faire ? ou plus ? Sans bien connaître le véhicule, il est difficile de se faire un jugement précis, et le vendeur s’il connait la raison tentera de minimiser, mais il peut aussi ne pas savoir.

 

Pour retrouver son comportement routier nominal, un démontage complet des trains roulants avec remplacement des différents joints et articulations sera peut-être nécessaire. Ce type de travaux devient vite coûteux avec un budget minimum de 1500 € et plus du double pour un train évolué (suspension à double triangles, train arrière indépendant ou multi-bras). Faites-vous dans ce cas accompagner d’un expert du modèle capable d’apprécier le comportement routier et d’observer l’auto en détail.

 

Enfin un dernier mot sur la carrosserie : fuyez tout véhicule suspect combinant des traces de corrosion mêmes légères sur plusieurs éléments, une portière qui ne ferme qu’en forçant, des traces de soudure de réparation… Le budget peut vite dépasser votre prix d’achat, et en règle générale pour une auto dont la cote est en deça des 30 000 € il est peu rentable de s’attaquer à la remise en état de la carrosserie (sauf travaux très ciblés).  


Profil du vendeur :  un peu de clairvoyance vaut bien un long dossier.

Carnets et factures ne font pas tout. Ils vous livreront la chronologie des événements – du moins ceux dont on a laissé des traces – mais pas l’état d’esprit des précédents conducteurs. Une  rencontre avec le propriétaire vendeur vous permettra un échange et un décodage tout aussi important que l’analyse du véhicule et de ses documents

 

Changement de projet, manque de temps pour rouler avec, ou manque de place, et parfois les trois…peut-être mais…quel est le véritable mobile de la vente ? Sans être détective, testez à plusieurs reprise le bien fondé des explications données et leur véracité. En cas de doute, la porte est salutaire !

 

 

Intérieur Bentley Turbo RL
Le soin d'un intérieur est révélateur - © Classic Auto Invest
Carnet entretien Ferrari
Carnet oui, mais pas que... - © Classic Auto Invest

Une fois cet entretien passé avec succès, voici venu le moment de l’essai. Faites-le conduire d’abord et observez. Le comportement du vendeur avec son auto vous en dira aussi beaucoup. Est-il à l’aise, la connait-il bien ? Est-il soigneux, respectueux. Dans le cas d’un véhicule sportif, demandez au propriétaire de vous démontrer lui-même les qualités de l’auto.

 

 

Ensuite vous pouvez faire votre propre évaluation sur un parcours raisonnable, mais vous aurez vu l’essentiel et vous serez mêmes en tant que passager dans une meilleure position d’évaluateur sans avoir à gérer le stress de la circulation et la prise en main d’une auto qui ne vous appartient pas (encore).


Mais au fait…vous allez faire quoi avec ?

L’utilisation fantasmée ne coïncide pas souvent avec l’utilité avérée, et le sceptre de l’endurance parking guette. Quelques questions triviales ne font pas de mal avant le passage à l’acte !

 

Une auto est en principe conçue dans le but d’un déplacement. Donc pour aller où ? avec qui ? à quelle fréquence ? La prendrez-vous avec madame ? de nuit et sous la pluie ? les enfants tiendront-ils à l’arrière ? le coffre supportera-t-il l’épreuve du week-end sur la côte Normande ? passera-t-elle la nuit sous la pluie ? et tiendra-t-elle les bouchons de retour de week-end ? (elle, peut-être, et vous ?). Rien de tel que de contacter d’autres utilisateurs du véhicule convoité pour vérifier le bien-fondé de vos hypothèses.

 

Certaines autos supportent plus ou moins les utilisations aléatoires, d’autres vous feront systématiquement payer le prix fort à chaque remise en service après de longs mois immobiles. Certains freins se grippent systématiquement, d’autres moins. Les injections des youngtimers vieillissent et le super sans plomb en dépôt longue durée dans leurs circuits est aussi néfaste que le cholestérol dans vos artères.

Peugeot 504 et Porsche 928 au parking
Quand l'endurance parking guette...- © Classic Auto Invest
Commande de vitesse Jaguar XJS V12
© Classic Auto Invest


Et la suivante ? Penser à la revente le jour de l’achat, la preuve par neuf d’un achat censé.

Penser déjà à la revente avant d’avoir acheté, pure provocation ? Pas que. Les autos moyennes ne se bonifient pas en vieillissant. Et les autos excellentes peuvent vite se dégrader si l’on n’en prend soin. Enfin ce qui plait aujourd’hui plaira-t-il toujours dans 5 ou 10 ans ? Ces questions ne sont pas simples à envisager. Une seule règle : privilégiez la qualité. Et si possible aussi, l’originalité. Avec ces deux éléments vous pourrez au moment de la revente sortir par le haut, sans les turpitudes du vendeur d’une auto « juste dans la moyenne ».

Un dernier mot. Faites-vous plaisir !

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Commentaires: 6
  • #1

    Philippe Huillard (vendredi, 26 octobre 2018 22:36)

    Bravo Alexandre pour ce nouvel article très juste et intéressant !

  • #2

    Gautier (samedi, 27 octobre 2018 08:40)

    Très bel article et parfaitement dans le ton. J’approuve totalement

  • #3

    Vincent (samedi, 27 octobre 2018 14:14)

    Bel article, à la fois précis et synthétique!

  • #4

    Bernard Casanova (dimanche, 28 octobre 2018 19:12)

    Très bon article . A méditer avant d’aller acheter n’importe quoi ! Y compris chez des professionnels qui ont pignon sur rue ...

  • #5

    peyronmichel (mercredi, 31 octobre 2018 08:23)

    Article sérieux, documenté, résultant d'une très bonne connaissance de ce secteur d'activité; J'avais déjà apprécié toutes ces qualités lors d'un avis demandé il y a quelques mois pour une ALFA 8C.

  • #6

    Quintric alain (vendredi, 09 novembre 2018 14:42)

    Bravo Alexandre pour ce très bel article, comme d’habitude rédige avec rigueur et professionnalisme et, surtout honnêteté professionnelle !
    Je souhaite une grande prospérité à votre petite entreprise, vous le méritez bien !

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