JAGUAR XJ : la meilleure berline au monde est-elle une bonne affaire ?

Jaguar X300
DR

« Tout vient à point à qui peut attendre », s’il n’était dans les mots du Pantagruel de Rabelais, pourrait être la devise de la maison de Conventry, tant sa berline XJ s’est bonifiée avec le temps. Celle dont on a fêté avec glamour les 50 printemps cette année n’a pas toujours été en odeur de sainteté chez les collectionneurs. Pourtant le Groupe Jaguar Land Rover la sort désormais de la naphtaline pour décorer ses stands de Rétromobile au Mans Classique.

Une ré-édition limitée de la version originelle viendra-t-elle bientôt parfaire cette stratégie de ré-habilitation bien rôdée, et donner un petit coup de pouce aux cotes en collection ?


XJ classiques (1968-1987) : d’une indémodable modernité.

Jaguar XJ6 série 1
Jaguar XJ série 1 © Droits réservés

Lancée hâtivement en 1968 pour prendre la relève des très vieillissantes berlines MK2 / S Type / 420, certes vaillantes mais camionnesques dans leur conduite, la XJ séduit immédiatement par son style racé et sa conduite toute en souplesse. Elle en donne surtout beaucoup pour son argent aux premiers acquéreurs tant et si bien que les délais de livraison s’allongent. La recette de Browns Lane est un savoureux mélange de vieux fonds de tiroirs concocté dans un habit tout neuf.  Des trains roulants directement issus de la E Type des années 60, un moteur bien connu le XK hérité du vénérable bloc d’après-guerre, mais surtout une insonorisation de premier niveau, des finitions flatteuses, font de cette rapide berline un modèle bien en vu au tournant des années 70. 

Intérieur Jaguar XJ série 1
Intérieur Jaguar XJ série 1 © Droits réservés

Si l’on peut critiquer sa voracité pour le super plombé, sa capacité à auto-détruire toute forme de durite qu’il s’agisse de refroidissement, de fluide de direction assistée ou de climatisation, on ne peut que louer sa conduite déconcertante d’efficacité et de confort. J’ai repris récemment le volant d’une série 1 aux trains roulants rénovés et au moteur refait, et j’ai eu du mal après quelques kilomètres sur des routes de campagne modérément entretenues à penser être au volant d’une auto de 1971. Ceux qui pensent que le confort s’appelle Citroën pourraient même en être interloqués… 

Jaguar XJ-C, rare coupé sur la série 2
Jaguar XJ-C, rare coupé sur la série 2 © DR
Daimler 4.2 série 2
Daimler 4.2 série 2 © Classic Auto Invest

En série 1, 2 ou 3, la XJ classique est une voyageuse de premier ordre. Reste que la finition des séries 1 et 2 vieillit très mal. Revêtements de planche de bord craqués, panneaux de portes flétris, ciels de toit en déconfiture, corrosion ‘multiple’, et sellerie plutôt indigne de la réputation de la marque font que ces autos sont aujourd’hui difficiles à acquérir. Pas encore assez chères pour mériter des restaurations de qualité, et pas assez nombreuses en excellent état.

Jaguar XJ12 Pininfarina 1974
Jaguar XJ12 Pininfarina 1974

Avec la série 3 une page est tournée. Du concept car  Pininfarina de 1974 qui est trace déjà la voie aérodynamique pour la face avant de la future XJ40, il ne restera que les poignées de portes encastrées sur la série 3 de 1979. Le meilleur est conservé, avec une ligne revue par Pininfarina qui en peut-être fait la plus équilibrée des XJ classiques., avec des hanches à faire boullir un troupeau de Holstein... Surtout la qualité de construction fait un bon en avant. La voiture est enfin correctement galvanisée, les intérieurs peuvent traverser trois décennies sans gros signe de fatigue, et l’auto tend globalement à fonctionner sans grande surprise (enfin selon les millésimes, les versions post-85 ayant reçu pas mal d’améliorations qualité). En version 4.2 l’auto est homogène quoiqu’un peu lourde. 

Daimler Double Six, série 3
Daimler Double Six, série 3 - © DR

En V12 elle a réellement la motorisation à la hauteur de son châssis et de sa masse. Il faut avoir pris le volant d’un V12 bien calé à 3000 tr/min sur autoroute dans le flot. Vous ne sollicitez alors que la moitié de la puissance du moteur. Puis effleurer l’accélérateur pour sentir une poussée digne d’un turbo basse pression, et voir le paysage accélérer sans que rien d’autre ne se passe. Les versions non catalysées (avant mi-89) se montrant à cet exercice encore plus jouissives. Si vous recherchez aujourd’hui les sensations d’une classique sans les ennuis, la série 3 est une aubaine. Qui d’ailleurs ne s’échange pas si facilement, regardez les annonces vous verrez…

Daimler Double Six, série 3, une finition enfin à la hauteur
Daimler Double Six, série 3, une finition enfin à la hauteur

XJ 40 (1987-1994) : génération viager.

Jaguar XJ6 2.9
Jaguar XJ6 2.9 - © Classic Auto Invest

Jaguar se trouve à la fin des années 70 avec un dilemme : les ventes de la série 2 s’essoufflent et sa remplaçante est loin d’être prête. La série 3 remplira fort bien sa tâche d’intérimaire, puisqu’avec 177 243 exemplaires vendues elle fera carton plein ( 99 344 Série 1 et 126 121 Série 2). La gestation de la XJ40 va battre des records : démarrée en 1974, elle ne sera lancée après plusieurs reports qu’en 1987 ! Il faut dire qu’elle prendra de plein fouet deux crises du pétrole, et la gestion calamiteuse de la British Leyland – à qui survivra la marque au félin !

Après beaucoup d’hésitations et une grande traversée du désert stylistique, la XJ40 optera pour une ligne dictée par l’aérodynamisme. Le passage en tunnel de soufflerie de prototype équipés d’une face avant ‘traditionnelle’ de série 2 ayant achevé de convaincre les dirigeants de Jaguar du bien fondé d’un faciès plus lisse. C’est qu’il faut réduire les chiffres de consommation. Une 4.2 descendant rarement sous les 15/16 litres au 100, et une V12 sous les 18, la nouvelle 40 devra viser les 12/13 litres réels. Ce qu’elle fera fort bien avec son nouveau moteur tout en aluminium (type ‘AJ’), à 24 soupapes pour les versions 3.2/3.6/4.0 et 12 pour le 2.9. Le boite auto aussi est nouvelle, direction ZF avec l’excellente 4HP22/24 à 4 rapports qui enterre enfin la GM 3 rapports. A la conduite la XJ40 reste une auto proche de la XJ série 3 - modulo une direction assistée bien plus informative - une auto qui avance sur son couple et qui vous rappelle toujours son poids (1800 kg réels). Les versions 4.0 sont les plus agréables avec un propulseur qui enroule bien et sait quand il faut se faire rageur. En boite mécanique (rare avec un mix de vente < 10%) l’auto est intéressante et l’on se plait à taquiner le moteur AJ6 comme on le ferait avec une BMW. A découvrir !

D’une fiabilité plutôt bonne, et même excellente pour la deuxième série (3.2/4.0), c’est une auto qui ne craint pas les très gros kilométrages (300 000 pas rare…) sans défaillance majeure. Les ennuis habituels concernent la clim (n’achetez jamais si on vous dit qu’elle est juste à recharger), les poignées de portes intérieures (pourquoi des poignées en métal montées sur une armature en plastique cassante ?..), le roulement d’arbre arrière (comme sur les anciennes, personne ne pense jamais à le graisser), et toujours ce ciel de toit qui s’affaisse avec le temps sans lequel une Jaguar ne serait pas une Jaguar. La sellerie est de belle qualité, les sièges des Jaguar sont curieusement plus ergonomiques et confortables que ceux de la Daimler.

Daimler Six 4.0
Daimler Six 4.0 - © Classic Auto Invest

Le tableau de bord est ‘rock solid’. La voiture peut quand même subir la corrosion, à bien inspecter. L’installation Hi-Fi est comme toujours chez Jaguar indigne du standing de l’auto, mais un simple changement de haut-parleurs y remédie.

 

Cette XJ40 mal aimée par son style moins inspiré est aujourd’hui comme certains viagers, une affaire à saisir avant que les autres ne s’y intéressent ! Avec 208 757 exemplaires produit elle est aussi le best-seller des XJ.

Daimler Six 4.0
Daimler Six 4.0 © Classic Auto Invest

X300/X308 (1994-2003) : génération viagra.

Pour succéder à la XJ40, Jaguar n’y va pas de main morte sur le design. La X300 est probablement le facelift le plus réussi de l’histoire de l’automobile, tant il est difficile d’y reconnaître la XJ40 qui se cache en elle. Si la structure de la voiture, ses mécaniques et sa planche de bord sont reconduits, l’ensemble des panneaux de carrosserie sont inédits et donnent à la nouvelle un air classique qui ne dépareille pas à côté de son ancêtre série 1-2-3. Mais l’évolution va bien plus loin, et il faut ouvrir la porte et surtout prendre le volant pour s’en convaincre. La conduite est transfigurée par une direction toujours très assistée mais bien plus consistante que les précédentes. La gestion du moteur AJ16 confiée à une injection multipoint et allumage à une bobine par cylindre donne une vivacité dès le décollage qui transfigure les blocs 3.2 et 4.0. Et le pilotage de la boite automatique est enfin plus orienté vers une conduite généreuse que vers l’économie de carburant. 

Trains roulants et suspension sont toujours excellent avec un toucher de route qui vous ferait peut-être trouver une Bentley inconfortable… Les X300 en six cylindres comptent parmi les berlines qu’il faut avoir conduit. Et pour couronner le tout, pour ceux qui cherchent un autre monde, le V12 sera aussi du programme mais comparativement aux précédentes générations, il ne marque pas autant le pas avec un 4.0 de 249 ch DIN déjà très à l’aise avec l’auto. La X308 arrive fin 1998 comme la version définitivement revue par le nouvel actionnaire Ford. Les moteurs désormais V8 sont communs issus d’une toute nouvelle famille Ford/Lincoln et la voiture évolue subtilement avec une très belle planche de bord néo-classique inspirée de la XK8. En version XJR à compresseur, elle tentera même de défier les redoutables BMW M5, mais cela est une autre histoire. Au chapitre qualité et fiabilité, il n’y a plus grand-chose à dire. Le sujet est désormais au centre de la stratégie de Jaguar qui n’a pas hésité pendant quelques années à garantir 3 ans ses modèles.



Les Jaguar XJ offrent aujourd’hui des sensations de conduite vraiment différentes des autres berlines de luxe, quel qu’en soit les générations. Il est d’ailleurs intéressant de constater à leur volant, et avec le recul de 20, 30 ou 50 ans qu’elles ont à la fois beaucoup de traits communs et tant de différences. La série 3 distille un charme suranné dans un confort ouaté, tandis que la X300/308 apporte une conduite plus dynamique sans renoncer aux fondamentaux de ses devancières. Si vous recherchez une auto exceptionnelle pour un coût d’achat modéré, les XJ sont probablement de bonnes réponses. Mais elles réclament en séries 1-2-3 un entretien exigeant et qui n’est jamais sans surprise. Préférez des spécimens sains et suivis, plutôt que des remises à niveau qui doubleront rapidement le prix d’acquisition. En XJ40, X300, X308, ce sont encore des autos semi-récentes que l’on peut trouver bien entretenues et qui couteront relativement peu cher à suivre. Le gros avantage de tous ces modèles étant la disponibilité des pièces : sociétés spécialisées anglaises et gisement de pièces d’occasion presque illimité facilitent la tâche.

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Commentaires: 13
  • #1

    Hervé BLONDEAU (vendredi, 14 décembre 2018 21:14)

    Intéressant ...
    Merci

  • #2

    Pelletier Philippe (samedi, 15 décembre 2018 09:10)

    Passionnant
    Tout y est , donne l’envie de se procurer celle de son rêve d’enfant

  • #3

    Camille Diebold (samedi, 15 décembre 2018 12:19)

    Bravo , encore un document très bien réalisé .

  • #4

    Jean-Pierre Marchand (samedi, 15 décembre 2018 16:33)

    Très intéressant, et je suis d’accord, des voitures sous estimées encore...
    Ne pas oublier les XJ-S / XJS qui distillent un plaisir de conduire hors normes.

  • #5

    Patrick (lundi, 17 décembre 2018 07:58)

    Pour avoir succombé aux charmes d'une XJ 40 en 2009, croyez moi, une fois que le félin a mordu, il n'existe pas d'antidote.

  • #6

    Michel DURAND (mardi, 18 décembre 2018 12:23)

    Toujours un rédactionnel qui donne envie, qui prend parti et qui est complet bien que ramassé.
    Ayant possédé une XJ je peux confirmer que c'est une auto extraordinaire!

  • #7

    gilles2labouille (samedi, 22 décembre 2018 17:01)

    voila qui fait plaisir a lire ayant pu avoir le plaisir de posséder plusieurs XJ
    cet article résume bien la philosophie de la XJ, et je suis d'accord avec toutes les remarques faites sur les qualités ou défauts des XJ

    mettez vous au volant de ces autos et vous ne verrez plus la route de la même façon, cruiser sur l'autoroute ou sur une belle nationale.....

    faites le pas, car je le pense aussi la XJ et surtout la XJ40 ou XJ81 finiront par voir leur côte monter

    ma préférence ira vers une belle XJ81 bien sur

    essayez de trouver des perles rares t'elle qu'une finition insignia afin d'avoir le graal !!

  • #8

    Matt (mardi, 12 février 2019 16:50)

    "Les moteurs désormais V8 sont communs issus d’une toute nouvelle famille Ford/Lincoln"

    Non, non, non... Je suis toujours aussi triste de voir cette rumeur se répandre sur des articles qui semblent pourtant avoir menés une vraie recherche. Ce V8 est un pur produit Jaguar, et est toujours la base du V8 JLR actuel! Il a bien été utilisé dans les Ford Thunderbird Lincoln LS, mais dans une cylindrée différente (3.9) et de 2000 à 2005, c'est à dire quand même 2 ans après qu'il ai été lancé chez Jaguar!

  • #9

    Pierre (mardi, 12 février 2019 21:06)

    Je crois me souvenir que COSWORTH avait participé à l'élaboration du V8 monté dans les X308.

  • #10

    Alexandre GUIRAO, CLASSIC AUTO INVEST (mardi, 12 février 2019 21:18)

    Vous avez raison Matt, la conception du moteur V8 "AJ8" est bien du fait de Jaguar puisqu'elle a débuté avant le rachat par Ford !

  • #11

    Fabrice (mardi, 26 mars 2019 23:28)

    J'ai une X308 équipée de V8 3.2 est c'est un vrai régal en matière de souplesse, de confort et une qualité de finition à la hauteur. Un rêve de gosse à un prix modique.

  • #12

    RARRIFE (lundi, 08 juillet 2019 23:49)

    Ah le Top du Top c'est une Daimler V8 Supercharged
    Un moteur de 375 cv !!! eh oui ! Des performances extraordinaires, avec son compresseur volumétrique.
    0 à 100 5,7 seconde !
    Une ligne élégante, distinguée, racée, force tranquille, qui se révèle en mode sport une auto unique.
    Une suspension piloté qui optimise le niveau de performance.
    Son grand confort, ses équipements , la qualité des finitions.
    Tout ça dans un grand silence...
    Une auto de connaisseur à l'époque et encore maintenant, très difficile à trouver.
    Une invitation au voyage, en première classe.
    Produite à un peu plus de 2300 exemplaires, son prix à l'époque m’était la barre très haut.
    Élégance intemporelle et haute tradition technologique.... Logique mon cher Watson ?
    Sans doute le summum du raffinement.

  • #13

    stephane filice poncet (mardi, 22 octobre 2019 17:36)

    BONJOUR
    J’AI POSSÉDÉ UN NOMBRE INCALCULABLE DE VOITURE, BEAUCOUP DIT DE  DE HAUT DE GAMME, LORSQUE J’AI CONDUIT UNE XJ 300 POUR LA PREMIÈRE FOIS JE ME SUIS DIT AVEC CETTE VOITURE J' IRAIS AU BOUT DU MONDE UN PLAISIR INCOMPARABLE A AUCUNE AUTRE VOITURE, J’AI DONC ACHETÉ UNE XJ300 ET UNE DAIMLER XJ40 V12 LONGUE  POUR MES PETITS ENFANTS DE 6 ET 3 ANS, JE SUIS CERTAIN QUE LORSQUE ILS AURONS MON AGE C EST VOITURE VAUDRONS PAS MAL D ARGENT, ET EN PLUS PENDANT CE TEMPS ILS POURRONS PRENDRE BEAUCOUP DE PLAISIR EN CONDUISANT C JAG
    STEF

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