A contre-courant. Quand la non-tendance devient tendance.

Rouler avec une automobile « passion » peut-il se conjuguer avec un investissement raisonné ? Certainement, à condition de ne pas subir les tendances mais les anticiper. Retour sur leurs évolutions, et ce qu’il faut en retenir pour qui veut construire sa collection.

 

Années 70, quand tout a commencé. Autoroutes, course à la modernité. Vitesse. Qui voulait d’une voiture d’avant-guerre tout juste bonne à faire de la figuration à l’arrière-plan d’une scène campagnarde dans un film noir ?

Bugatti type 35 dans les rues de Paris
Bugatti type 35, il fallait oser l’acheter en 1970. © Le Figaro

Plutôt grunge ou plutôt glamour ?

Pourtant quelques pionniers n’ont écouté que leur goût et leurs intuitions. Avant que le mot « collection » ne s’applique à l’automobile, ils ont pris possession à des prix raisonnablement ridicules de quelques trésors devenus inestimables. Figure de proue du mouvement en France, Marc Nicolosi et sa Bugatti type 35. 

Années 80, les roadster Mercedes SL et berlinettes Ferrari 308 crèvent les écrans du paysage audiovisuels et se bousculent sur les quais tropéziens. L’autoroute du bon goût automobile est tracée ! 

La Peugeot 403 du lieutenant Columbo
De Columbo à Baillon, la tendance grunge touche aussi l’auto ancienne.

Diamétralement opposée, la réplique Ferrari Daytona spider du détective Sonny Crockett, lustrée au coton tige, donne l’appareil aux buildings art déco menthe à l’eau des boulevards de Miami. Les choix artistiques diamétralement opposé des réalisateurs de ces séries ne font que souligner des tendances qui vont s’amplifier. Le glamour et ses bimbos d’un côté, le grunge et le développement durable de l’autre.

Mais déjà quelques héros télévisés s’affichent, à contre-courant, au volant d’autos surannées. D’un côté la Peugeot 403 découvrable du lieutenant Columbo, usée jusqu’à la corde, préfigure la tendance du vintage.  Aujourd’hui bien ancrée, elle se traduit par les prix faramineux atteints par les sorties de granges dont la vente Baillon par Artcurial a été le point d’orgue en 2016.

Série TV deux flics à Miami
La Daytona donne dans la réplique avec Miami Vice.


L’automobile perd ses pères.

Ferrari F40
Ferrari F40 – « Pour que tout change il faut que rien ne change » aurait pu être le slogan de celle qui ferme un chapitre à la mort d’Enzo Ferrari, et en ouvre un autre, celui des hyper-cars aux business plan bien forgé.

Années 90. La suite est connue. Avec la mort d’Enzo Ferrari en 1988, c’est la fin du mythe automobile incarné. Rien ne sera jamais plus comme avant. A commencer par le plan produit des marques de luxes qui vont toutes rejoindre des actionnaires de référence plus habitués à la mass production qu’à la haute couture. 

 

 

Si les stratèges aux commandes ne les sauveront pas toutes (que sont devenus De Tomaso, Jensen, Bristol, Lancia …), ils réussiront brillamment à orchestrer le fantasme de la pénurie, à grand coup de concept-cars, de teasers et de séries numérotées. Les volumes suivront, surtout grâce à une population émergente richissime qui a le bon goût de construire des routes asphaltées sur les terrains les plus improbables. Des autoroutes du Qatar à celles des provinces les plus reculées du Yunnan, le monde voit arriver des montures exotiques à grande vitesse.


De ces courants ou tendances comme écrivent les sociologues, nait un appétit plus ou moins fort pour des automobiles répondant aux aspirations des collectionneurs du moment. Alors que pour certains modèles les jeux sont faits depuis longtemps, il est tout à fait possible de choisir des autos encore raisonnablement évaluées et bénéficiant d’un potentiel d’appréciation certain. Nous vous offrons un zoom sur chaque génération, avec comme en œnologie nos coups de cœur. Bonne dégustation !

Les fifties, petit collectionneur où es-tu ?

Années 50. A chaque décennie ses valeurs phares et ses repoussoirs. Les premiers collectionneurs commenceront souvent avec les autos de leurs grands-parents, tout juste dépoussiérées. Traction, Juvaquatre, 402, Delahaye ou Hotchkiss selon les goûts et les moyens. Elles planteront le décor des premières allées du jeune salon Rétromobile (1976)

MG TD : elle a inventé le roadster anglais.

MG TD (50-53) : autour de 30000 €, la grand-mère des roadster anglais, propose une ligne glamour et un train avant déjà moderne (roues indépendantes). A préférer à la TF défigurée .


 Quarante ans plus tard, leurs conducteurs ont pris de la bouteille et leur descendance est plus attirée par les décapotables des yéyés que ces ancêtres remuants. Pour ceux que l’art du double débrayage ou le réglage de l’avance à l’allumage ne rebutent pas, il existe de belles opportunités d’acquérir ces autos qui ont été souvent choyées et restaurées avec goût.

 

 

Elles restent encore utilisables sans arrière-pensée sur nos routes secondaires, à condition de bien choisir le modèle, en pensant notamment au type de freins, de liaisons au sol, et à la disponibilité des pièces. Osez acheter les autos que vos grands parents ont refait avec amour et bichonnées dans leur garage. 

Peugeot 203 : la plus atlantique des sochaliennes.

Peugeot 203 Berline (53-60) : autour de 8000 €, si vous hésitez entre une européenne et une américaine vous aurez les 2, avec la robustesse sochalienne en prime.


Citroën Traction avant : la plus abordable des Citroën mythique.

Citroën 11 Cv Traction normale (52-57) : autour de 12000 € elle reste la Citroën mythique la plus abordable, face aux 2CV surévaluées et DS à l’hydraulique inquiétante.


Les sixties, papy-boom et maxi-frime !

Années 60 : les papy-boomers font le marché. Normal, l’auto est souvent générationnelle. Chacun tend à aimer ce qu’il a aimé dans ses années adolescentes. Jaguar E, Mustang séries 1, Austin Healey 3000, Porsche 911 classiques, elles sont sans doute à l’automobile ce que le numéro 5 est à la parfumerie. Des repères universels dont la cote soutenue n’est pas une nouveauté si l’on prend la peine de regarder dans le rétroviseur.

Alfa Romeo 2600 Sprint, la dernière grande Alfa classique.

Alfa Romeo 2600 Sprint (61-68) : autour de 65 000 € pour une auto restaurée avec un 6 en ligne au long souffle. La « grosse » Bertone reste une affaire avec seulement 7000 exemplaires produits, pour restera le dernier témoin du passé fastueux de la marque.


Sur ce marché ce sont encore les vendeurs qui font le prix, tant la demande reste soutenue du fait d’une tranche de population retraitée à fort pouvoir d’achat désormais pleinement ancrée dans le monde des loisirs et activement décidée à satisfaire ses envies.

 

 

Ce qui n’exclue pas de trouver encore quelques modèles iconiques à des tarifs raisonnables. Raisonnable s’entend par rapport à la valeur émotionnelle, la valeur d’usage et la rareté !

Volvo Série 120, le charme de la fonctionnalité.

Volvo Série 120/220 (58-70) : autour de 8000 € pour celle qui a jeté les bases des Volvo sécuritaires et robustes. Osez les déclinaisons Break ou Coach 2 portes.


Jaguar Mark X : sous cette limousine sommeille une Type E.

Jaguar Mark X (61-66) : autour de 22 000 € pour celle qui reste à aujourd’hui la plus grosse Jaguar jamais produite. Un budget raisonnable pour une berline hors norme à son époque et dont la ligne a préfiguré les Jaguar modernes.


Les seventies, toujours en crise d’adolescence.

Années 70 : nostalgie, adieu !  Cela pourrait être la devise de cette décennie qui n’a pas su idoler ses icônes de leur vivant. Souvenez-vous du regard porté sur une Porsche 928, une Jaguar XJ-S ou une Aston Martin Lagonda ! Vous êtes-vous déjà retourné sur une Toyota Supra ?

Alfetta 2000 GTV : du grand Giugiaro à prix d’ami.

Alfa Romeo Alfetta 2000 GTV : pour 12-15000 € vous repartirez avec une auto sans histoire et typique du Giugiaro des seventies.


Ces nouvelles créatures amorcent un virage trop radical dans un paysage automobile conservateur, marqué par les chromes et les lignes sculpturales. Il leur faudra plus de temps pour revenir en gloire, et le quarantième printemps sonne souvent l’heure du retour en grâce. Bien avisés ceux qui ont osé, avant les autres, dénicher les modèles bien conservés et les mettre dans leur garage pour un prix dérisoire.  

Porsche 928 : pas assez cher pour toi mon fils !

Porsche 928 S4 : entre 25-30 000 € pour une auto bien préservée et remise à niveau, c’est encore accessible pour ce monument de design au souffle inépuisable.


Jaguar XJS V12 Cabriolet : n’attendez pas qu’elle soit reconnue héritière de la Type E.

Jaguar XJS V12 cabriolet : comptez 20-25000 € pour une auto impeccable avec historique et faible km. Une étoile montante.


Les eighties : le rouge est mis.

VW a planté le décor, emboité par Peugeot et les autres. Caisse de grande série, voies larges, pneus taille basse, culasse multi-soupapes et bandes rouges seront de mise pour séduire les nouveaux gentlemen drivers.

Si elles connaitront le même destin en occasion que leurs illustres ancêtres, il est aujourd’hui intéressant de constater qu’une Peugeot 504 Coupé produite à 31 000 exemplaires (coupé + cabriolet), est dépassée par une 205 GTi (produite à plus de 180 000 exemplaires).

Mercedes 190 E 2.6 : une mini classe S au confort impressionnant.

Mercedes 190 E 2.6 (1986-1992) : à partir de 5 000 € ; alors que certaines BMW série 3 s’échangent pour le double, vous avez avec la 190 une voiture bien plus moderne (train arrière multi-bras) et l’onctuosité d’un 6 cylindres qui était partagé avec les sœurs 260 E et 260 SE. 


 La montée récente de la cote de la première pourrait prochainement rétablir une certaine vérité. S’il y en a pour tous les goûts, c’est que la génération X fait aujourd’hui son entrée dans le marché de la collection, et assume pleinement ses divergences, oscillant entre du très rétro au très contemporain de sa première jeunesse.

Lotus Excel 2.2 SE : l’esprit Lotus pour 4.

Lotus Excel SE (82-89) : à partir de 15 000 € ; méconnue, la grande sœur de l’Esprit avec le même regard en coin offre la possibilité de partager à 4 la précision de conduite Lotus. Et elle n’est pas aussi peu fiable qu’on le laisse croire, partageant de nombreux équipements avec Toyota.


Ferrari Mondial Cabriolet : il fallait oser !

Ferrari Mondial Cabriolet (83-93) : à partir de 40 000 €, l’occasion d’acquérir l’unique cabriolet 4 places à moteur central. Un cocktail original. A privilégier la version 3.2 plus moins gourmande en entretien. Détail qui compte, elle fut conçue du temps du Commendatore.



Définitivement il est possible de conjuguer passion automobile et raison financière. Pour faire les bons choix, regardez avant les autres dans d’autres directions, et gardez toujours à l’esprit le goût et la rareté (certes plus relative pour les productions d’après 70). Un dernier détail mais qui compte. Ne soyez pas pressé !

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Commentaires: 1
  • #1

    Jérôme (jeudi, 15 novembre 2018 17:13)

    Bonjour,
    Merci pour tous vos excellents articles.
    Je suis entièrement d’accord avec votre vision des voitures des années 70/80/90.
    En ce qui concerne les sportives abordées, les Alfa sont de formidables voitures et encore accessibles pour certaines. L’alfetta GTV6 est superbe c’est certainement un futur classique. Votre vidéo POA à son volant était excellente :) Une voiture à acquérir avant qu’il ne soit trop tard. Les prix ont déjà explosés. La petite Alfa Spider aussi d’ailleurs reste une voiture accessible et intéressante.
    La lotus Excel est une auto magnifique et totalement méconnue! Tout comme l’Esprit dernière génération qui gagne à être mieux reconnue. Ces Lotus sont exceptionnellement bon marchés et ne peuvent que prendre de la valeur. D’ailleurs la S2 est encore accessible alors que la mythique série 1 est désormais très cher.
    La Ferrari mondial cabriolet est superbe, assez méconnue je pense que c’est une super affaire bien que déjà assez cher mais elle ne peut elle aussi qu’augmenter lorsqu’on voit la cote de toutes les Ferrari.
    Quand aux Porsche 928 et jaguar XJ-S (coupe ou cabriolet) ce sont de futurs Classic qui vont exploser à la hausse. Aucun doute la dessus. Totalement ignorées depuis des lustres elles prennent leurs revanches ne ce moment et c’est loin d’etre terminé. Toutes les Jaguar d’ailleurs retaient sous cotées jusqu’a présent. Ainsi que toutes les Porsche à moteur avant. Il est temps de les acheter et particulièrement cette 928 qui et une auto tout simplement incroyable vu son prix!
    Il y a aussi les Maserati bi turbos et la shamal qui meritent toute notre attention. Ainsi que les 3200 et la 4200 comme celle faisaient l’objet d’un de vos articles. Incroyable auto en effet pour un prix dérisoire...
    L’aston Martin Lagonda est un drôle d’oiseau, je ne sait trop qu’en penser...
    Enfin concernant les Mercedes plutôt que les 4 portes je leur préférerai aisement les versions coupe qui selon moi ont un avenir bien plus prometteur. Une 300SEC me semble être une auto parfaite. Les slc des années 80 aussi. La SL R129 des années 90 étant à mon avis le ticket gagnant pour demain. Une cabriolet sportif et puissant sans défauts et qui a corrigé le côté « cruiser boulevard » de sa devancière des années 80. Sur ce la SL R107 a le vent en poupe depuis longtemps déjà bien qu’elle ne soit pas sportive pour un sou et plutôt pataude alors elle aussi reste un formidable investissement. Mais personnellement je miserai sur une 500SL R129.
    Il y a tant de voitures intéressantes qu’il est difficile de s’y retrouver et de faire des choix alors merci pour votre travail pour nous éclairer dans nos choix et nos coups de cœurs :)
    Il y a Beaucoup d’autres autos intéressantes. Les bmw coupe et notamment les M3/5/6. Et la superbe 850 encore accessible. Beaucoup d’autres Mercedes. La triumph GT6, les Lancia Beta et surtout Fulvia Zagato. Et bien sûr les japonaises mais ce sujet est trop vaste :) Et plein d’autres encore.
    Cordialement,
    Jérôme

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